La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
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          Aide manutentionneuse…Ah bon !?


En cet automne 65 j’ai l’agréable surprise d’apprendre que mon père décide de me faire retravailler dans le textile. Il en a parlé avec mes futurs patrons qui souhaitent que je vienne me présenter rapidement.
Leur ayant fait bonne impression, c’est enthousiaste que je commence dans ma nouvelle place ce début de semaine. Leur boutique se trouve située rue d’Aboukir, mon ancien emploi chez l’autre grossiste n’est qu’à quelques mètres. Ici, par bonheur, la boutique est plus grande et beaucoup plus appropriée à une activité en famille. Y travaillent : mon patron et ma patronne, les parents de ma patronne et le frère de ma patronne ; c’est tout ! Mon patron n’a pas eu recours à sa famille. Au rez-de-chaussée, avec tous mes patrons…je suis la seule employée. Au premier étage, il y a les ateliers de fabrication, où plusieurs couturières confectionnent les très beaux chemisiers vendus dans cette entreprise. Nous, dans la boutique, nous les présentons pliés dans de très belles boîtes en carton dont le couvercle ajouré montre le style du chemisier. J’aime beaucoup être derrière ce grand comptoir pour proposer à la clientèle tous ces modèles de chemisiers. J’apprends à bien connaître ces commerçants détaillants, afin de répondre à leur attente, et je n’hésite pas à défaire les articles de leur boîte, mais le plus souvent ces professionnels le font eux-mêmes. Le client détaillant est roi, il a le choix.
Aujourd’hui mon patron me propose de jouer l’étalagiste, je suis flattée quoique intimidée. Lui étant trop corpulent, il m’aide à monter dans la devanture afin que j’expose deux chemisiers. Je suis félicitée de les avoir placés de telle façon qu’ils soient mis en valeur.
Un soir en rentrant rue Chénier mon père m’apprend qu’il est enfin divorcé et qu’il doit partir quelques temps en province :
« Je ne veux pas te laisser ici toute seule, tu vas retourner en boulangerie, nourrie logée. Demain je vais prévenir tes patrons. »
Le lendemain, mon patron…un peu moqueur avec moi :
« Régine…elle va vendre des petits pains ! »
Ils ignorent tous à quel point je hais vendre des petits pains.
Mon père retourne, en colère, voir mon ex- patronne :
« Madame ! Je voulais déjà vous en parler pour le premier bulletin de salaire de Régine. Vous avez fait une faute de français, on ne dit pas manutentionneuse mais manutentionnaire et il n’y a pas d’aide pour la manutention car c’est le plus bas échelon qui soit. De plus, ma fille a travaillé chez vous comme aide vendeuse !»
Cette femme ne voulut rien savoir, je fus donc aide manutentionneuse.