La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
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          Double peine


En mars 1952 nous nous retrouvons de nouveau en Touraine mon frère et moi. En avril, nos parents nous rendent visite pour le baptême de Jean-Claude, le dernier né de Jules et Jeanne, mais aussi pour fêter Pâques. Moi, ils m’ont confiée à Mémère Eugénie et Patric à la grand-mère Pasquier. Elle l’a emmené voir le cirque Pinder.
Mes parents et mon frère arrivent à Cormery. Patric, qui reste émerveillé de tout ce qu’il a vu, construit lui-même un char avec un amoncellement de jouets et, il m’entraîne dans son enthousiasme à chanter et à danser, comme dans « La cavalcade de Pinder » dit-il !
En cette période nous sommes d’autant plus ravis, que nous profitons de la venue chez Mémère de sa nièce Yvette; une jeune fille pleine de délicates attentions pour nous. Yvette a beaucoup de mérite, car elle est très habile alors qu’elle ne voit presque pas du tout. D’ailleurs elle porte des lunettes noires et elle a un gros chien « Rip ».
Même si notre père nous fait réintégrer le bercail à la fin du mois de mai et qu’il décide début juillet de nous faire passer l’été à Cormery, malgré ces allers-retours, c’est une période agréable pour nous.
Dans le fond, on peut supposer qu’il aime bien Mémère Eugénie ; il l’estime et il lui fait confiance. Mais elle ? Il faut vraiment qu’elle nous ait adopté mon frère et moi pour supporter cet homme-là !
Ici je reprends des forces, et si je n’ai que deux ans, je sais que cette année restera gravée dans ma mémoire. J’ai été malade au milieu de l’hiver et j’ai bien cru, toute petite fille que je suis, ne pas pouvoir guérir. J’ai été hospitalisée à l’hôpital Claude Bernard à Paris, dans une grande salle avec d’autres enfants. J’avais beaucoup de peine à jouer avec eux dans la pièce au fond de la salle, un espace très éclairé par une grande verrière et où le soleil qui envoyait ses rayons me donnait l’impression d’être encore plus fébrile. Oui ! J’avais de la fièvre et à tous moments je toussais et ne pouvais plus respirer ; j’étouffais! C’est avec une très grande difficulté que j’étais parvenue à rejoindre mon lit dans cette salle obscure, mais que je préférais de beaucoup à la luminosité de la verrière.
Sur mes petits bras, j’observais tous ces gros boutons rouges; d’ailleurs j’en étais totalement recouverte. Dans mon fort intérieur j’avais du chagrin de ne pas voir ma famille. Evidemment… ils évitaient de venir me voir; le docteur leur avait dit que je n’avais pas fait les choses à moitié puisque j’avais attrapé, et la coqueluche, et la rougeole. Pour la rougeole… la vraie cette fois, pas la rougeole rentrée ! Je n’ai jamais autant souffert de ma vie !!