La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
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          Hendaye


J’ai la satisfaction, ici à Hendaye, de voir très souvent mon frère. Nous sommes dans ce centre héliomarin de la Ville de Paris pour les trois mois d’été, puisque nous avons eu la bonne idée mon frérot et moi d’avoir tous les deux mal au dos. On a une « double scoliose », c'est-à-dire qu’on en a chacun une.
Dans cet établissement nous sommes un grand nombre d’enfants. Garçons et filles, petits et grands, souvent ensemble dans le centre, mais différenciés dans nos sorties et nos jeux selon notre âge et notre sexe. Mais nous avons tous l’aptitude à porter le même uniforme. Notre légère tenue d’été: petit pull à manches courtes sur chemisette et short court, nous permet de nous mouvoir à notre aise. Les garçons portent aussi le béret. En ce bel après midi où nous, les plus petits, allons à la plage, nous sommes coiffés de chapeau en voile de coton.

L’année dernière, Papa avait photographié Patric sur cette belle plage de sable fin. Ils étaient allés ensemble jusqu’à la falaise visiter la grotte et, au retour, à la marée montante, Papa avait pris des photos des deux jumeaux (ces deux rochers curieusement semblables, qui furent formés par l’érosion de la falaise, et qui surplombent la mer).

J’adore venir à la plage ! J’aime beaucoup la mer, même si j’ai peur de son immensité et de sa profondeur, je fais « trempette », je me rafraîchie. Après la baignade, avec ma copine, nous jouons à la marchande avec des algues déposées par la marée. Nous les transportons jusqu’en haut de la plage, près de la digue. C’est là que nous commençons notre étalage, en nous servant de vieux journaux laissés par les estivants, et nous attirons d’autres fillettes à qui l’on emballe « ces légumes ». Bien pesés, bien vendus !
En regagnant le centre, juste en bordure de l’établissement se trouve un minigolf. Les plus grands s’adonnent à ce jeu dont la piste en béton très lisse comporte un parcours plein d’obstacles : comme cette adorable petite maison, ou ce pont qui franchit le haut du tronc incliné et court d’un arbre mimosa. Pour moi ce jeu de golf miniature est un ravissement. Dès que l’occasion se présente, je lui donne une autre fonction, celle de mon imaginaire, en transformant les pistes en petites allées qui cheminent jusqu’à la maison de poupée.
Depuis quelques jours les infirmières sont sur le qui-vive. Elles ont remarqué que certains enfants se grattent régulièrement la tête, et leurs craintes sont fondées car ils ont des poux.
Ces dames ont donc décidé de nous imprégner les cheveux avec de la Marie Rose et, pour ceux et celles qui ont des lentes ce sera suivi d’une coupe. Pour les garçons c’est pas grave, ça repousse vite, mais c’est très méchant de couper la chevelure des filles ! En ce qui me concerne je n’ai pas grand-chose à craindre, je connais un méchant Papa qui n’a pas attendu que j’attrape des poux pour me priver de cheveux longs. Et en plus… quelle chance, je n’ai pas de poux !

Pour notre quatre-heures, on a toujours du pain d’épice, et, il est toujours rassis. D’habitude j’aime bien ça, le pain d’épice… mais d’habitude je n’en mange pas tous les jours et il n’est pas rassis, et puis, ça donne soif et ici on ne nous donne pas assez d’eau.
Cela m’aurais peut être aidé de pouvoir boire à ma guise le jour où, avec ma copine et sa petite sœur, nous nous amusions au jeu des osselets avec des petits cailloux ronds comme des galets et, qu’après avoir sucé un caillou et l’avoir avalé, je récidivai avec un autre pour l’avaler de nouveau. Mais au lieu d’en rester là, je m’entêtai afin d’avoir le dernier mot. Je pris un bouton que j’avais dans l’une de mes poches, le suçais et, comme ce n’était pas mon jour, il rejoignit les deux petits cailloux. Ma copine ne se rendit compte de rien, mais sa petite sœur, elle, s’exclama lorsque j’avalai le bouton. Je lui en voulu qu’elle insiste et qu’elle m’explique ce que je savais déjà. Alors, je la traitai de menteuse, j’en avais gros sur l’estomac !
Elle n’insista plus… Ouf !

Bientôt mon frère et moi rentrerons à la maison. J’ai un peu de peine pour ce petit garçon, plus jeune que nous, que Patric et moi nous protégeons quand nous sommes ensemble pour nos jeux. Il est très craintif et il a peur des mouches, et, comme il est grassouillet, les autres se moquent de lui; alors nous deux, on le prend par la main et on le promène lorsqu’on est dans le jardin.
On l’aime bien.
Que va-t-il devenir quand on sera parti?