La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
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          Interlude


Je n’ai pas eu le nez cassé et mon frère n’a plus de boutons et par cette belle journée de juillet notre père nous promène dans l’avenue Jean Jaurès. Il a acheté à la cousine Rosette cette grande poussette dans laquelle nous sommes assis confortablement Pat et moi.
Heureusement, il a une grande famille avec de nombreux enfants et il est fréquent, à notre époque, de se rendre service en se rachetant ou en se revendant d’occasion des accessoires ou du petit mobilier d’enfant. Il en va de même, mais à une plus grande échelle, pour des meubles de style. Mes parents ont ainsi fait l’acquisition d’une superbe salle à manger.
En rentrant à la maison nous croisons un attroupement de badauds derrière lequel retentissent des grands cris de colère. Papa est curieux, nous aussi d’ailleurs, alors avec attention et stupéfaction nous regardons une violente dispute entre deux cyclistes à l’arrêt. L’un d’eux, un petit homme, insulte l’autre, un gros homme unijambiste. Ne trouvant pas de terrain d’entente, l’homme à la jambe de bois inflige une correction à l’indélicat; mais lorsque celui-ci arrive à se dégager, ce n’est pas pour partir sans demander son reste… Non ! C’est pour attraper rapidement sa pompe à vélo et rendre les coups à son imposant adversaire. Le petit hargneux frappe au bas du corps et les conséquences sont désastreuses. Peut être n’a-t-il pas choisi la bonne jambe ? Il aurait dû penser qu’un gaillard faisant du vélo avec une jambe de bois pouvait le surprendre, car cela décuple l’exaspération et la force de l’homme offensé. Les badauds veulent intervenir, mais… trop tard ! D’un pas en avant, ils doivent en faire trois en arrière car l’homme en furie attrape le vélo de l’injurieux et le projette contre un mur.
Patric n’en croit pas ses yeux ! Arrivé à la maison, il raconte à Maman, en gestes et en paroles :
« La rue…le gros monsieur ! Boum ! Boum, au p’tit monsieur ! »
Maman comprend très bien d’après les gestes de son fils que le petit bonhomme a reçu une sacrée raclée. Patric de plus belle :
« Le vélo ! Le gros monsieur… Le vélo… Bououmm ! »
Et Pat étant de plus en plus démonstratif, Maman imagine très bien que le vélo doit être dans un sale état.