La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
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          La vie sans Maman


Avril 57 ; nos parents viennent de se séparer. Nous restons mon frère et moi sous l’autorité paternelle. Notre mère n’a pas souhaité nous emmener avec elle, d’ailleurs, lui, l’aurait-il accepté ? Elle nous a quittés pour suivre un jeune homme d’origine sicilienne qu’elle a rencontré au bal et, même s’il est de treize ans son cadet, il n’a pas été question pour notre mère que cette rencontre soit sans lendemain. Alors elle est partie vivre avec lui.
Je ne suis plus au pensionnat religieux où Papa m’y a laissée tout un semestre. Chez nous, rue Chénier, les émotions d’un père et de ses deux enfants sont très fortes. Alors, aujourd’hui, Papa veut nous faire plaisir. Il va nous emmener ce soir sur les quais de la Seine où nous pourrons apercevoir, sur un bateau, la Reine d’Angleterre.
Elisabeth II et le Prince Philippe, Duc d’Edenbourg, en visite officielle à Paris, invités par le Président Coty.
Nous sommes chaudement vêtus tous les trois, car Papa est frileux. Sous ma robe il m’oblige à porter un pantalon et, sur ma robe un gros pull. Avec mon manteau je me sens plutôt engoncée. Patric, lui, sans robe, il est plus à son aise. Nous sommes nombreux à attendre sur les quais de la Seine, personne n’ayant accès aux berges.
Heureusement que notre père est débrouillard, car mon frère et moi nous sommes complètement compressés par les adultes, et, dans l’impossibilité de voir la Seine à cause de la rambarde ; il a trouvé une solution… en poussant tout le monde. Maintenant nous sommes aux premières loges, assis sur la bordure. Patric y est aussi à l’aise que dans ses vêtements, mais, moi je suis toujours aussi engoncée et, en plus j’ai le vertige. Heureusement que Papa me tient bien.
L’instant tant attendu arrive. Oh ! Là, là !
« Regarde, Pat, voilà la Reine d’Angleterre ! Qu’elle a une jolie robe !
- Titi, Papa ! Regardez le bateau, il est tout illuminé ! »
Nous, les petits parisiens, on est ébloui de voir ce beau spectacle. Mais tout de même, il fait froid et je supporte bien mon pantalon !
Avant Pâques je toussote et j’ai un peu de fièvre, alors Papa me laisse en observation à l’hôpital. Il est actuellement veilleur de nuit, il profite donc de la journée pour conduire Patric à Toizay, chez Jules et Jeanne. Lorsque je vais mieux ma mère vient me voir rue Chénier, accompagnée de son ami, sans que cela ne dérange Papa.
Je suis attristée qu’elle ne soit que de passage. Tous les deux me proposent d’aller en promenade et, passant devant une boulangerie, ils m’invitent à y entrer pour choisir mes Pâques. C’est un petit chien en chocolat qui a ma préférence. Pourtant, je ne ressens pas l’envie de le manger, trouvant injuste que mon frère n’ai rien eu.
Je formule le souhait à ma mère, qu’elle l’envoie à Patric. Elle est d’abord réticente, puis devant mon insistance, elle finit par dire oui (et elle tint sa promesse).
Aujourd’hui Papa est de repos, il me conduit en Touraine rejoindre Patric. J’apprends rapidement que le petit chien en chocolat a été partagé entre plusieurs enfants et que Pat n’en pas eu plus que les autres. J’ai du mal à comprendre que les adultes n’aient pas accordé plus d’importance à mon geste : celui d’une petite fille, dans une période douloureuse, qui a ressenti le besoin de jouer la petite mère avec son frérot.
Nous restons jusqu’à la mi-juin à Toizay… que je suis bien contente de quitter ! Patric a fait plein de bêtises et il a été puni ! Sa plus grosse bêtise, c’est quand juste avant de partir pour l’école, il a profité que Jeannette ait le dos tourné pour grimper sur un escabeau afin d’attraper le pot de bonbons qui se trouve sur le haut du buffet. Je l’ai mis en garde et l’ai prié de n’en rien faire, de peur qu’elle s’en aperçoive ! Il n’a rien voulu savoir et il a vidé la moitié du pot dans nos deux cartables. Au retour de l’école, nous ne les avions pas tous mangés et, Jeannette qui avait découvert le pot aux roses… enfin… plutôt le pot de bonbons, nous attendait de pied ferme. Seul Patric fut puni, sans que je sache pourquoi. Pauvre Pat ! Il voulait sûrement compenser le partage du petit chien en chocolat…