La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
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          Le Pas-de-Calais


De mon hémorragie, mon père en a fait tout un fromage. Il m’a conduit chez notre doctoresse afin qu’elle m’examine et qu’elle détecte l’éventuelle maladie grave que je pourrais couver, (il souffre toujours d’hypocondrie). D’un commun accord, ils ont décidé que l’air de la mer me ferait le plus grand bien, et, c’est dans une maison de repos du Pas-de-Calais que je dois partir pour un mois, à la mi-juin.
En attendant, nous allons faire des ballades avec l’Ami 6 Citroën. Papa est allé chercher Nanou pour nous emmener toutes les deux au Havre. Ça me fait plaisir de la revoir. Pour moi, elle fait partie de la famille au même titre que les enfants de ma mère. Même si bientôt le divorce de Papa et de Jeannine va être prononcé, avec elle il a gardé une bonne relation…il a aussi gardé la voiture.

Il fait froid dans le Pas-de-Calais, mais là, c’est une période de beau temps même si il y a du vent. Le trajet pour s’y rendre en voiture fut agréable. Nous arrivons à la maison de repos, ici à Calais au bord de la plage. La directrice accueille, ici, des femmes et des jeunes filles. Si elles sont mineures, elles doivent avoir l’autorisation de leurs parents et être des « demoiselles sérieuses ». En ce qui concerne le règlement, il reste le même pour toutes : respecter les horaires des repas et être rentrées le soir à dix huit heures, afin de se présenter pour le dîner, dans une tenue correcte.
Avant que mon père ne parte, la directrice lui présente la jeune étudiante avec qui je vais partager la chambre. Elle ressemble à une demoiselle on ne peut plus sérieuse. Je lis dans ses pensées comme à livre ouvert : il me semble qu’elle s’interrogeait sur la personne qui allait partager prochainement son intimité, sans pour autant avoir la réponse, en me voyant, elle paraît rassurée tout de même. C’est vrai que je suis plutôt sensitive ; je ressens vivement les réactions des autres à mon égard. J’ignore totalement si mon père l’est aussi ; s’il l’est, il faut que je me méfie. Il pourrait s’apercevoir que je suis dans un état de total bien-être du fait qu’il dégage de ma vue pour un mois. J’ai ainsi la capacité d’apprécier ce qui m’arrive pour la première fois : une presque totale liberté.
Je n’aime pas le temps qui passe trop vite en ces instants privilégiés. Dans notre chambre, je m’entends bien avec Maryse, la jeune fille intellectuelle. J’ai un caractère adaptable. La chambre est meublée d’un troisième lit réservé à sa correspondante Allemande, qui doit venir se reposer quinze jours ici. Elle arrive dans une semaine.
Quelle bosseuse mon étudiante ! Même ici, il faut qu’elle bûche ses cours, et si elle connaît parfaitement l’anglais, en attendant de se perfectionner en allemand, il lui vient une idée :
« Je vais t’apprendre l’anglais, tu vas voir c’est facile.
- Parle pour toi, tu es une intello, moi j’avais déjà « un peu » de difficultés en primaire et je n’ai pas de mémoire ! »
J’évite de lui parler trop longuement de mes lacunes en calcul et du reste de ma scolarité pas plus brillante d’ailleurs. Mais bon…allons-y. Peut être a-t-elle une méthode à elle pour m’apprendre l’anglais facilement ?
Non ! Non ! L’anglais pour moi, c’est comme le reste, c’est du chinois ! Elle a jeté l’éponge, Maryse, et j’en suis ravie. Dans le fond, il faudrait peut être mieux que je parle plus correctement le français, ça me serait sans doute plus utile. Pour le moment je suis convalescente, donc je vais me reposer…en allant me promener à Calais, sans oublier d’aller à la plage. Je ne sais pas nager mais j’ai tout de même amené mon bikini afin de me faire bronzer sur le sable.
J’ai sympathisé avec Nina, une fille qui partage sa chambre avec une dame de trente cinq ans. Quand nous allons à la plage, Nina, qui a tout juste un an de plus que moi, à la chance que les garçons ne voient qu’elle lorsqu’elle est en maillot de bain. Je l’envie d’avoir autant de sex-appeal. Il y a un beau garçon qui vient souvent parler avec nous, il est assez vantard. Il se flatte d’être, à Calais, connu des filles comme le loup blanc.
La directrice nous a prévenus que, n’ayant pas encore touché les fonds pour les courses alimentaires, elle nous a préparé, elle-même, des oignons farcis à la viande pour le dîner. Quand elle nous a affirmé que cette recette était délicieuse, on était plusieurs à être sceptiques. Et bien, je n’ai jamais mangé de recettes aux oignons aussi bonnes. Nous l’avons toutes complimentée.
Quoi ?! La directrice vient de m’informer de la visite de mon père. Heureusement, il est accompagné de Patric et de Monique qui se fréquentent régulièrement à présent. Cela me touche que tous les deux soient venus. Avec ou sans son consentement, mon frère a changé de « cuisine », et exerce en ce moment l’activité de plongeur. Après une belle ballade sur la plage et une séance photos ils repartent tous les trois en fin d’après midi.
La correspondante allemande de Maryse est arrivée. Oh là là, qu’elle est belle ! Blonde aux yeux bleus et, elle a un corps magnifique… surtout toute nue. J’étais dans mon lit, un soir, recouverte de mon drap et de ma couverture jusqu’au bout du nez, lorsqu’elle s’est totalement déshabillée.
Elle ne ressemble en rien à la prude Maryse.
Aujourd’hui, avec Nina, nous allons à la fête foraine qui vient de s’installer sur la place près de la maison de repos. Nous sommes fébriles toutes les deux de pouvoir nous distraire avec l’arrivée de cette attraction. Il y a tout de même un problème, c’est que mon père ne m’a donné que très peu d’argent ; ma copine me voit pensive dès que j’ouvre mon porte-monnaie :
« T’inquiète pas, je te payerai un ou deux tours de manège et on peut se faire inviter… »
Ce qui ne tarde pas, dès que nous arrivons à la fête. Deux garçons entreprennent de nous aborder. Ils sont sympas, plutôt très mignons et ils ont notre âge. C’est naturellement que l’on se choisit, Gilles et moi, sans faire de calculs, l’attirance réciproque coule de source.
En fin d’après midi on se quitte en ayant hâte de se revoir, mais on est obligé, pour ça, d’attendre le lendemain.
Ce lendemain, où je suis embrassée par un garçon pour la première fois, comme le font les amoureux :
« Régine… demain après midi je vais te demander si tu veux bien m’accorder quelque chose…
- Demande le moi maintenant !?
- Non ! Pas aujourd’hui, demain. »
Le lendemain, ce n’est pas Gilles que je revois, c’est mon père ! Il vient me chercher avant la fin de ma convalescence. J’en ai le souffle coupé !
Pour mon amoureux, je ne le reverrai pas et je ne saurai pas ce qu’il voulait me demander.
J’ai à peine le temps de dire au revoir à mes copines.
Comment mon père a-t-il appris ma rencontre avec Gilles ?