La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
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          Les parents terribles


En ce lundi matin du 22 janvier 1951, Papa est allé se faire inscrire sur la liste électorale de Drancy. Avant, il était électeur à son ancienne adresse au Pré Saint Gervais. Il a aussi fait inscrire Maman. Pour elle, c’est la première fois. Puis il s’est rendu au cabinet du Docteur Maxgel, qu’il a prié de bien vouloir passer à la maison dans la journée. Nos parents se plaignent de plus en plus de la fatigue et des soucis que nous leur causons mon frère et moi et, à son retour, Papa aide Maman en s’occupant de Patric qui paraît-il, n’écoute rien et n’obéit plus du tout.
A l’arrivée du médecin, nos chers parents lui confient combien ils sont oppressés et Papa qui s’exprime toujours… un peu plus que Maman :
« Je ne sais à quel âge notre fils sera le plus terrible et le plus turbulent. Nous devons lui répéter inlassablement les mêmes paroles, lui réitérer les mêmes ordres de ne pas faire ceci ou cela. A table, il transforme ses gestes en jeux et va même dans cet état d’esprit me donner des coups de pieds dans les tibias. Il est très taquin. Si je suis occupé à écrire ou à lire, il monte sur la table sans égard pour ma paperasserie. Il touche à tout et veut participer à tous les travaux. Comme moi, il a une adoration pour les bouquins et il veut toujours celui que j’ai ! Que faire à cet état de chose ? Positivement … rien ! »
Et comme je ne perdais rien pour attendre :
« Et la petite, c’est sérieux ses rebuffades contre sa mère ; pas contre moi, car je ne l’accepte pas ! Mais surtout elle est trop nerveuse, pleure la nuit et entraîne son frère, ce qui nous crée des insomnies à ma femme et à moi. »
Ouf ! Ce soir, les parents se sont un peu calmés.
Le docteur a donné une prescription pour moi… pour mes nerfs. Papa lit la notice :
« Le Kaneuron donnera des résultats vraiment remarquables et d’une parfaite régularité, qu’il s’agisse d’un simple énervement, si fréquent chez les surmenés et les émotifs… »
Et bien ! C’est pas un petit peu excessif tout ça ? Ils pourraient en prendre aussi, eux, du calmant ! Vu que Papa regorge de surmenage et Maman d’émotivité.

Patric est très ordonné. Il ne peut rien supporter qui ne soit pas à sa place ; il range tout, mais il est capable, lorsque Maman demande où se trouve tel ou tel objet, d’aller lui chercher.
Elle le ramène tout de même à une juste mesure en le priant de faire son rangement uniquement pour ses jouets
Oh ! Voila qu’à présent il a une nouvelle activité. Papa et Maman disent qu’il a une drôle de manie, très désagréable… Il déchire par grandes bandes le papier peint des murs de la chambre. Cela leur parait un vrai désastre mais ils ne peuvent pas y remédier car mon frère n’obéit pas. Papa se fâche et renouvelle le même exercice, celui qu’il avait décrit à sa tante : le « simulacre » de le taper. Il doit y mettre de la bonne volonté puisque Maman doit insister pour que Papa se calme. Et voila que maintenant il s’en prend à moi ! J’imite mon frère en déchirant le papier peint de la cuisine, alors il sort de ses gonds :
« Titi est en avance de beaucoup, sur Pat, surtout pour les choses mauvaises ! Et, nous n’avons plus en réserve de ces tentures. »

Depuis quelques mois Maman est très fatiguée, elle ne parvient plus à accomplir sa tâche. Papa cherche une solution pour remédier à cet état, afin, dit-il à tous, que nos deux enfants chéris ne souffrent pas dans leur soins, santé, hygiène.
Il envisage avec Maman différentes possibilités pour que nous restions ensemble :
Il propose d’abord à notre grand-mère maternelle de quitter Tours et de venir s’installer à la maison pour s’occuper de nous. Mais… elle refuse de quitter Tours !
Il pense ensuite à Micheline, une grande amie de notre mère, qui est célibataire.
« Nous pourrions lui céder notre local, Cricri ? Elle y vivrait avec nos deux enfants, en maîtresse de maison, à sa guise. Ainsi, nous deux, nous pourrions nous replacer en maison bourgeoise. »
Tiens, je croyais que nous devions rester ensemble ?
De toute façon Micheline refuse !
Puis vient le tour de la tante Angèle. Papa pense qu’elle ne refusera pas car elle s’est beaucoup occupée de lui quand il était petit. Elle habite un coquet pavillon avec un grand jardin à Livry-Gargan en Seine et Oise. Elle y vit seule depuis qu’Henri, son époux, est décédé. Nos parents lui font des offres avantageuses. Dans un premier temps elle accepte, puis elle se rétracte invoquant son âge et une trop grande responsabilité à assumer.
Ils insistent ; mais rien à faire !
Ils ont encore des ressources !
Il y a cette chère Marie-Thérèse, si bienveillante avec Papa.
« Elle pourrait quitter son travail chez Aspro ?! Elle serait nourrie, logée, blanchie et, payée largement afin d’avoir une meilleure retraite à soixante cinq ans. »
Sa réponse : NON !
Alors, en dernier recours, ils écrivent à Jules et Jeanne, le parrain et la marraine de Patric pour leur demander si Ginette, leur fille aînée, pourrait venir à la maison en tant que « nurse ».
Jeanne leur fait savoir que cela n’est pas possible. Nos parents estiment que ses raisons sont valables.
Mais tout de même…Papa et Maman ne comprennent pas vraiment tous ces refus!
C’est vrai… on se demande bien pourquoi ?