La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
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          Ma dernière colo


Tristesse

Avant la fin de l’année scolaire, je demande à mon père s’il pourrait m’emmener à Cormery voir Eugénie:
« Mais elle n’est plus là-bas ! Depuis quelque temps elle est placée dans une maison de retraite. Elle perdait la tête … elle ne te reconnaîtrait même pas.
- Mais on ne sait jamais, peut être qu’en me voyant sa mémoire reviendrait !
- C’est impossible d’aller la voir ! Elle se trouve dans un établissement médicalisé, car en plus elle est malade, et c’est plein de microbes ; tu risquerais d’attraper une infection.»
Même s’il est hypocondriaque, je sais que mon père ment. Peut-être même qu’il ment sur toute la ligne et que ma petite grand-mère a encore toute sa tête. Lui je le hais. Je souffre en pensant à elle qui doit être moralement très abattue. Je n’ai pas seulement de la peine, je me sens coupable vis-à-vis d’elle. Pourquoi ce bonhomme me fait-il peur au point que cela me rende aussi lâche ? Mon excuse c’est peut- être de craindre les coups, car il devient rapidement menaçant.

A la fin de mon année scolaire, (la seule qui est été excellente), juste avant de partir en colo, je reçois une lettre de ma bonne copine Josy. Elle est toujours aussi drôle avec son : « Salut vieille branche ! » ce qui a fait rire mon père qui s’est permis d’ouvrir mon courrier.

Jean-Pierre et Nanou sont placés depuis quelque temps en vacances à la campagne, chez des gens qui ressemble à s’y méprendre à des parents nourriciers. Quant à Jeannine… Papa trouve que l’idée est bonne, elle a décidé de mettre du beurre dans les épinards en retravaillant dans un café restaurant à Paris. D’ailleurs, si lui s’est séparé de sa moto, ils veulent acheter ensemble, à crédit, une voiture Citroën Ami 6.
Patric… a changé de profession. Il est maintenant apprenti pâtissier dans le 17eme arrondissement de Paris. Notre père veut peut-être lui faire apprendre différents corps de métiers ?



Offense

Voici le départ pour ma colonie de vacances, au grand air de la campagne, dans une colo mixte. Mon père me conduit à la gare routière, point de rendez-vous. Deux autocars attendent tous les enfants ; un pour les garçons, un pour les filles. Je ne vois pas beaucoup d’adolescents de mon âge, ha…si, un garçon !
Curieusement, les filles sont les seules à ne pas monter dans leur car. Nous devons, paraît-il, subir un examen médical. Il faut donc que nous nous mettions en file indienne pour voir chacune notre tour un médecin assisté par deux infirmières. Mais que font elles ? Oh ! Elles ont demandé à une petite fille de retirer sa petite culotte, et, elles la soulèvent en lui écartant les jambes, afin que le docteur l’examine. Ils veulent s’assurer que toutes les fillettes ont encore leur virginité. Mon Dieu, s’est dégoûtant ! Il devrait y avoir une infirmerie, car tous les gens regardent et les garçons doivent bien rire dans leur car. Pourquoi ne respecte t-on pas notre pudeur ? Je n’ai absolument pas l’intention d’accepter une telle humiliation ! J’en informe mon père. Mais j’y pense… ces attouchements qu’il me fait subir pourraient être décelés et se serait la catastrophe ! Tiens, il me semble qu’il en prenne conscience, je le vois longuement réfléchir :
« Attends, me dit-il, je vais parler au médecin. Je crois savoir quoi lui dire pour qu’il t’évite cette auscultation. »
Quelques instants plus tard, il revient satisfait et me rassure :
« Tu n’auras pas à supporter ça, car à treize ans et demi tu es déjà une jeune fille. Le docteur trouve, comme moi, qu’en ce lieu-ci se serait indécent. »
Ouf ! Mais que lui a-t-il vraiment dit pour obtenir gain de cause ?



Voyage, voyage

Si le trajet en car ne m’a pas paru long, et bien, je le dois à cette petite fille d’origine juive, qui m’a appris son petit répertoire de chansons hébraïques pendant tout notre parcours. Elle est mignonne et entraînante, mais nous avons une trop grande différence d’âge pour devenir copines pendant ces deux mois d’été. Son grand frère est du voyage, elle a de la chance. C’est lui que j’ai aperçu avant notre départ, c’est un ado de quatorze ans. Lui, il est de mon âge…moi aussi j’ai de la chance.


Vincent

C’est une sympathie spontanée que nous avons eu l’une envers l’autre avec Nadège dès que nous nous sommes parlées à la descente du car. Elle a douze ans, et malgré notre année et demie de différence notre entente est parfaite. On ne se quitte plus et au dortoir on s’est placé l’une à côté de l’autre, au réfectoire aussi, bien sûr.
Les monos nous ont prévenus que pour le mois d’août nous quitterons ces locaux pour dormir sous de grandes tentes de couleur vert armée, où des planchers en bois et des lits qui ressemblent à ceux des hôpitaux seront installés. Beaucoup de filles sont impressionnées. Moi j’ai déjà connu ça avec mon frère, à Reillanne, lorsque l’on était petit. Je raconte cette expérience à Nadège puisque pour elle se sera la première fois.
Le plus souvent nous avons le droit de jouer avec les garçons, leurs locaux ne sont pas loin des nôtres, alors on ne s’en prive pas. Avec ma copine on est en pleine activité, quand un garçon de son âge vient me remettre un petit message que son copain a écrit à mon attention :
« Je sais que tu t’appelles Régine, moi c’est Vincent. Je voulais te dire que tu es la plus belle fille de la colo (Je suis la seule adolescente). On pourrait avec ta copine et mon copain faire des jeux ensemble. »
Je l’aperçois au loin, mais…Vincent, c’est le grand frère de quatorze ans de cette petite fille auprès de qui j’étais assise dans le car !
Oh ! là, là ! Ça tombe bien, il me plait bien, et ça tombe bien également que Nadège soit d’accord. D’ailleurs, Arnaud, le copain de Vincent, un petit magrébin, lui plait beaucoup. On est fébrile toutes les deux en acceptant cette proposition. (C’est le début de souvenirs agréablement passés, oui…mais…)
.
Que se passe t-il aujourd’hui dans les douches ?!
C’est vrai que je n’ai pas été d’accord lorsque la monitrice a permis à une seule d’entre nous, une fille plantureuse de douze ans, d’avoir « ce droit » d’une douche non collective, qui m’a été refusée à moi. Mais aujourd’hui je sors de mes gonds. Devant la fenêtre sans rideaux, des garçons viennent de passer pour lorgner les filles ! Je rage ; je m’en prends à la mono :
« À treize ans et demi je suis déjà formée et je suis très pudique ; j’ai honte de ce qui vient de se passer et je refuse de continuer à me laver en groupe ! »
La monitrice reconnaît son erreur et m’approuve. A l’avenir j’aurai une douche individuelle. Ce que je n’ai pas dit, c’est que dans ce groupe de garçons il me semble avoir reconnu Vincent et Arnaud. J’en parle à Nadège ; elle n’en revient pas. Ça va bouillir !
Tiens, justement, j’entrevois Vincent ! Je vais au devant de lui, très fâchée et, je l’interpelle en lui faisant des reproches. Vincent tout penaud :
« Nous ne savions pas que c’était l’heure des douches pour les filles, m’affirme Vincent d’un air désolé, et puis on n’a pas eu le temps de voir. D’ailleurs nous faisons souvent des ballades en petit groupe dans tous les espaces de la colo. Mais excusez nous quand même.
- Bon…d’accord, c’est possible, mais n’allez plus par là ! »
Le mois d’août est arrivé. Tous les enfants sont émoustillés et heureux de ce changement radical qu’ils découvrent, pour la plupart, de dormir sous ces immenses et hautes tentes. Mais pour les lits, et bien, si les enfants sont déjà allés à l’hôpital, ça leur rappellera de mauvais souvenirs. Ce mois d’été est chaud, heureusement nous sommes proches d’une forêt. Monos et enfants se rejoignent le plus souvent pour des déjeuners et des jeux de plein air. J’ai sympathisé avec un jeune moniteur, j’aime bien parler avec lui, ce qui rend un peu jaloux mon copain Vincent. Alors, il est devenu un peu narquois avec moi et me taquine, puis, finit par m’attirer contre lui pour me donner un baiser sur la joue, ce qui nous trouble tous les deux.
Les journées sont bien remplies et les nuits reposantes ; seulement voilà, il aurait été préférable que l’événement qui arrive ne se produise pas. Que peut bien avoir fait Arnaud, le petit copain de Nadège, pour mériter ce qui lui arrive? Son moniteur, justement celui avec qui j’avais l’impression de bien m’entendre, vient jusqu’à notre tente avec Arnaud qui paraît-il a fait l’imbécile. Pour le punir, il lui donne une fessée après l’avoir déculotté, et ça, devant toutes les filles. Ma copine est très en colère, moi aussi. Je n’adresserai plus la parole à ce moniteur ! On ne doit pas prendre à la légère la pudeur des enfants. Aucune des filles n’a eut envie de rire. Je n’ai pas parlé de l’incident à Vincent. On a tous fait comme si rien ne s’était passé.



Le petit canif

A la fin de la colo, tous les quatre on a échangé nos adresses. Vincent m’a offert un petit canif bleu, auquel il tenait beaucoup. J’ai été très émue. De retour rue Chénier j’éprouve une certaine nostalgie. Je relate à mon père avec trop de détails ce que j’ai vécu. Il perçoit mes émotions, alors, avec animosité il me confisque mes adresses et m’arrache des mains mon petit canif, ce qui me rend furieuse :
« J’ai bien le droit à mon âge d’avoir un copain ! »
Devant ma belle mère qui rentre de son travail, il me donne une paire de gifles. Elle n’intervient pas. Mais que pourrait-elle faire ?