La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
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Patric ne va plus à l’école depuis la fin novembre 62 ; il travaille.
Comme il n’aura quatorze ans qu’au début de l’année prochaine, Papa a dû demander l’accord du responsable d’établissement et l’avis de l’instituteur pour le faire entrer en apprentissage. Les bulletins scolaires de Patric n’ont pas retenu l’attention des enseignants, et, c’est sans difficultés que ce père a fait rentrer son fils sur le marché du travail. D’ailleurs, c’est toujours sans aucune difficulté qu’il fait à peu près n’importe quoi. Il ne se trouve jamais inquiété à propos de son instabilité, qui a pour conséquence une médiocre scolarité de ses enfants. C’est vrai qu’il a toujours des arguments pour légitimer tout ce qu’il fait, et, comme il est beau parleur, les gens le croient. Pat se retrouve donc, selon les vœux de son père « apprenti cuisinier » dans un bar restaurant au Raincy, à une quinzaine de kilomètres de Paris, où il est nourri, logé, blanchi (formule de l’époque pour le prolétariat). Pour les vacances scolaires de Noël, lui, il n’a pas de congés.
Moi, je suis en pleine séance de coiffure ; j’attache mes cheveux avec une jolie pince. Oui… depuis la fin de l’année dernière, j’ai le droit d’avoir les cheveux longs à condition de les tirer en arrière.
Nous passons Noël et le Jour de l’an sans Patric.
Papa dit qu’il y a beaucoup de boulot en cuisine pour les fêtes de fin d’année.
Mon frère ne restera qu’un peu plus d’un mois dans ce resto.

Patric, qui vient juste d’avoir quatorze ans le 5 janvier, est déjà sur les genoux. Papa lui a trouvé une nouvelle place, toujours comme apprenti cuisinier, dans une pension de famille à Paris. Cependant, notre père ne décolère pas :
« Cet esclavagiste a fait trimer mon môme sans même le rémunérer ! Après avoir bossé sans relâche, y compris pendant les fêtes, tôt le matin et tard le soir, épluché les légumes, fait la plonge, aidé le cuistot le mieux qu’il pouvait, voilà qu’il se trouve dévalorisé d’avoir été payé avec une poignée de cacahouètes ! »
A propos de cacahouètes, vu que l’endroit s’y prêtait, j’espère que Pat a mieux mangé qu’il n’a été payé, car il n’a reçu de son ancien patron, en tout et pour tout, qu’un rouleau de pièces de un franc. Notre père, qui attendait une aide pécuniaire, s’est bien fait avoir.
Patric va-t-il connaître, pour le début de sa vie professionnelle, la même turbulence que pour sa scolarité ?