La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
Accueil
Chapitres
Téléchargements
Vos réactions
Contact
 
 
          Pécher par omission


Je viens d’avoir neuf ans et demi. J’éprouve une vive joie intérieure car mon père m’a retiré de la pension et il a pris la décision suivante :
« Régine, tu es grande maintenant, (c’est vrai, je ne fais plus pipi au lit), alors tu dois vivre avec ta mère ! Elle est d’accord avec moi. Tu vas la rejoindre à Tours. »
Je suis très fière d’être une grande fille et j’ai hâte de ces retrouvailles avec ma maman. Elle m’a tellement manqué que je suis fébrile en imaginant notre nouvelle vie ensemble. Pour la première fois je n’éprouve pas de peine ni de crainte de quitter mon frère car, cette fois, mon père ne me place pas en nourrice ni en pension.
Dès mon arrivée en Touraine, je me retrouve dans une collectivité où elle travaille en cuisine. Je pose mon petit bagage dans sa minuscule chambre, où se trouve un matelas posé à même le sol et ses effets personnels accrochés dans une armoire sans porte. On dirait qu’elle est juste de passage ! Mais j’aime entrer dans son intimité.
« Je vais dormir ici avec toi maman, et je vais aller à l’école près d’ici ! » Ce n’est pas une question, je suis affirmative avec ma mère. Elle est embarrassée pour me répondre :
« Régine… tu sais, ce n’est pas possible, je ne peux pas te garder avec moi. Ici, il n’y a pas de place pour les enfants, et puis, je ne vais pas travailler dans cette place très longtemps. Demain matin je te conduirai à Ballan-Miré chez une gentille dame qui garde déjà ton petit frère Jean-Pierre. D’ailleurs ce n’est pas loin d’ici! »
Cela m’est égale de rejoindre mon demi frère, c’est de ma mère que j’ai besoin ! Le nouvel univers que je me suis construit n’est donc qu’un leurre ? Cette chaleur qui m’a submergée ces derniers jours n’aura été que de courte durée. Je me retrouve devant une cruelle réalité : ma mère nous a trahis mon père et moi en ne dévoilant pas ces réelles intentions.
Avant de quitter cet endroit où je pensais qu’on allait m’accueillir, une dame me prépare un petit déjeuner à la cuisine. Un très beau jeune homme, faisant parti du personnel, vient me dire bonjour.
« Elle est gentille cette petite fille. C’est ta fille Christiane ? » Que me veut-il ? Ne comprend-il pas ma peine ? Et d’ailleurs, pourquoi est-il si beau ? Est-il un obstacle pour moi et occupe-t-il les pensées de ma mère ? Lui prend-il de son temps ? Ça ne me plaît pas qu’il la tutoie et qu’il l’appelle par son prénom. Je le déteste ! Je lui exprime mon ressentiment à son égard en lui tirant la langue. Il est parti … et moi j’ai une petite compensation; par le biais de ma mauvaise humeur envers lui, je montre à ma mère toute la gravité de l’instant qu’elle me fait vivre.