La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
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          Paris 2e et compagnie


Rue Chénier

Avant la fin de l’année 52, mes parents décident de quitter Drancy pour habiter Paris. Ils trouvent un logement dans le deuxième arrondissement, rue Chénier. Ils profitent que nous soyons à Cormery mon frère et moi pour déménager. C’est à Noël que nous découvrons notre nouvelle habitation, un petit deux pièces-cuisine, sans commodités, au troisième étage d’un vieil immeuble. Tiens ? Mes parents n’ont sans doute pas voulu changer toutes leurs habitudes pour vivre de nouveau dans un si petit logis ! Mais le principal est que nous soyons ensemble, et puis, nous allons tous les quatre aux Magasins Réaumur pour voir le Père Noël, et, nous les petits, pour être photographiés avec lui.
L’année suivante, à la période de Pâques, mes parents invitent Mémère Eugénie quelques jours. Papa nous fait visiter Paris en camionnette; véhicule prêté par sa patronne, la directrice des Etablissements Lavolaille où Papa est chauffeur livreur. Il nous emmène à la Fête du Trône « La Foire au Pain d’Epice ». Pat et moi apprécions beaucoup les manèges et, Patric est heureux d’être en vacances scolaires depuis qu’il va à l’école maternelle de la rue Saint Denis. Lorsque Mémère est repartie pour Cormery, nos parents nous emmènent au cinéma voir jouer « Tambour Battant ». Pour nous, c’est nouveau le cinéma ! Alors Papa nous explique qu’il faut rester sage et attentif pendant tout le film.
La troisième semaine d’avril, c’est la grand-mère Pasquier qui nous rend visite et, l’auto Lavolaille est de nouveau de sortie et nous aussi !
Quelle chance que notre père ait une si gentille patronne ! Dans nos ballades, nous passons devant le cirque Pinder, Porte de Montreuil, à l’est de Paris. Après un bon déjeuner en famille chez la cousine Emilienne, le soir Papa porte des courses à sa tante Angèle. Il lui raconte avec amusement qu’à l’extérieur du cirque, Pat s’est trouvé proche des éléphants et qu’il a eu bien peur de ces gros pachydermes.
Quel beau mois d’avril 53 !!



Ambleville en Seine et Oise

Pour les vacances scolaires, mes parents parlent « d’envoyer » mon frère en colonie de vacances. Papa et Patric prennent le car Citroën à la Porte Maillot, avec d’autres familles, afin de se rendre à Magny- en -Vexin, où les attend la déléguée des services de « La Vie au Grand Air », un organisme du placement familiale. C’est elle qui se charge de conduire les enfants jusqu’à leur destination… les nourrices des environs. Pour mon frère, cette nourrice se trouve à Ambleville, et, elle ne doit son appellation de colonie de vacances qu’au grand nombre d’enfants qu’elle garde ; il y en a une dizaine !
Heureusement pour moi, je l’ai échappée belle pour cette année, vu que ce placement ne concerne que les enfants scolarisés. Alors je suis ravie que l’on « m’envoie » chez Mémère Eugénie.



Cormery


Malgré l’absence de mon frère, je m’épanouie chez ma grand-mère. Au mois d’octobre, Papa convient avec Mémère de faire venir Patric à Cormery. Il sera resté trois mois en vacances à Ambleville.
Notre grand-mère nous a fait inscrire à la petite école religieuse près de chez elle. Pour moi c’est nouveau, alors pour ma première journée en classe je demande à Mémère qu’elle reste avec moi tout en lui serrant la main très fort, mais une dame me prend par les épaules et me prie de m’asseoir près d’une petite camarade. Petite camarade? Pourtant je ne connais pas cette petite fille !
Mon frère a plus d’assurance que moi il n’est pas inquiet, c’est normal il connaît la chanson!
Ici la vie est paisible et même si elle est simple, notre chère grand-mère fait preuve de beaucoup d’ingéniosité pour nous la rendre la plus agréable possible. Par exemple, ce soir au dîner, notre repas sera composé de « petites marmites ». Pat et moi nous en sommes tout excités! Il s’agit de pommes de terre cuites avec leur peau dans de l’eau salée, puis, Mémère les épluche encore brûlantes et, elle les coupe au trois quart dans le sens de la longueur afin de constituer un petit couvercle. Une fois la marmite creusée très légèrement, elle lui ajoute un morceau de beurre puis repose le couvercle. Le beurre fond rapidement et on les mange tout aussi rapidement, sans se faire prier, et on en redemande!



Re…Ambleville

En décembre 53, selon les désirs de notre père, Mémère nous ramène rue Chénier. Elle est accompagnée de sa nièce Yvette et de la grand-mère Pasquier; mon oncle et parrain Gérard fait parti du voyage.

C’est dans cette ambiance chaleureuse que nous passons d’agréables fêtes de fin d’année.
A la fin janvier 54, notre père ne voulant pas rester les deux pieds dans le même sabot, et, trouvant que « l’air vicié de Paris » n’est pas bon pour nous, ses enfants, il décide de nous « envoyer », mais cette fois tous les deux et sans l’aide du placement familiale, à Ambleville en Seine et Oise. Nous y resterons plus de deux mois. Papa dira à tous que j’ai voulu connaître l’endroit où Patric était venu en 53, alors que je m’en serais bien gardé, sûrement par intuition! Cette nourrice qui tient une « colonie de vacances » d’une dizaine d’enfants, n’a pas assez de lits pour nous coucher tous. Alors, nous dormons sur des matelas à même le sol. Et comme elle n’a pas assez de matelas, nous dormons « tête-bêche » c'est-à-dire un enfant à chaque extrémité du matelas, et tout cela dans une chambre qui sent le pipi! Mais le plus dur dans cette chambre c’est la frayeur que m’inspire, le soir avant de m’endormir, le petit placard dans le mur près de la porte. La nourrice nous a bien recommandé à nous tous, de rester très sages dès que nous sommes couchés, sous peine que le Père Croque-mitaine et le Père Fouettard sortent du placard et nous donnent des coups. Ils ne sont là qu’à la nuit tombante, nous a-t-elle dit. Je n’ai que quatre ans mais je m’interroge tout de même; dans la journée, la nourrice a ouvert cet affreux placard et je l’ai trouvé plutôt petit. Comment deux bonhommes peuvent-ils tenir là-dedans!? De toute façon je reste sur mes gardes et j’essaie de trouver le sommeil le plus rapidement possible en me couvrant, le mieux que je peux, la tête et les mains.

De retour rue Chénier, pour Pâques, Pat et moi sommes ravis d’y trouver Mémère Eugénie. Il y a également Marie-Thérèse, l’amie de Papa. Maman a mauvaise mine, elle a sûrement trop respiré « l’air vicié de Paris ? » Elle aurait dû venir avec nous à la campagne à Ambleville!
Au mois de mai c’est Papa qui a mauvaise mine. Il a une pneumonie, alors il rentre à l’hôpital de l’Hôtel Dieu à Paris pour se faire soigner. Pour sa convalescence, il part se reposer trois semaines en maison de repos à la campagne, à Rambouillet en Seine et Oise. Nous, nous pensions rester avec notre mère rue Chénier pour nous reposer tous les trois de Papa, mais, Maman voulant se reposer toute seule, elle nous conduit chez Eugénie. Ma mère m’a posé des bigoudis avant de partir car j’aime bien avoir les cheveux frisés.

Nous allons de nouveau à la petite école religieuse et nous passons nos vacances d’été à Cormery.
Mon frère et moi aimons beaucoup que notre grand-mère nous emmène à « l’Auberge du Poisson Frit » près du pont de l’Indre, maison tenue par son neveu et sa nièce, un couple qui a des enfants, avec lesquels nous jouons et faisons beaucoup de tintouin dans leur grande salle de restaurant, lorsqu’il n’y a pas de clients.
C’est avec anxiété que je vois arriver mes parents à la fin du mois d’août et cela à cause de mon père. Il me conduit chez le coiffeur pour faire couper ma queue de cheval. Je ressors avec une coupe au bol. Ma mère n’est pas intervenue pour lui expliquer que j’aime avoir les cheveux longs.



Bourg-la-Reine

En septembre 54 mes parents prennent leurs nouvelles fonctions à la « Maison de l’Assomption », une clinique chirurgicale tenue par des religieuses, à Bourg-la-Reine dans le département de la Seine. Mon père est un peu l’homme à tout faire ici. Ses activités sont multiples, il s’occupe aussi bien du ravitaillement que de l’entretien des voitures, du parc et du jardin. Ma mère, elle, est affectée uniquement aux cuisines. Il y a beaucoup de personnel féminin dans cet établissement, en plus des religieuses. Nos parents ont la possibilité de pouvoir nous garder avec eux car nous sommes en âge d’aller à l’école. Pour mon frère il y a une petite difficulté qui se pose à eux: Ils ne peuvent pas le faire inscrire avant la prochaine rentrée scolaire à la grande école qui se trouve juste en face de la clinique, car il n’a que cinq ans et il ne sait ni lire ni écrire. Cela ne les tourmente pas trop longtemps, puisqu’il y a le jardin d’enfants qui peut l’accueillir. Pour moi, c’est différent, mes parents n’ont pas perdu leurs habitudes : ils me mettent en nourrice dans le même département, à Sceaux, où je vais à la petite école.
Ils ne gardent pas longtemps Patric avec eux, mon père ayant, dit-il, voulu prévoir tout incident fâcheux…
Patric se retrouve très rapidement à Sceaux avec moi.
Mes parents ne restent pas plus de cinq mois en fonction à Bourg-la-Reine.