La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
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          Pat et Titi


Le temps s’écoule et je suis bien entourée de mes parents et de mon frère. Dans la journée, Papa va travailler et Patric fait de son mieux pour aider Maman.
Dès qu’elle me prend de mon berceau en osier pour me changer sur la table de la cuisine, Pat tire son parc jusqu’au pied de la table, se hisse et, grimpe pour être à ma hauteur. Ainsi, il fait le clown pour me distraire et, lorsque Maman m’allaite, il vient me cajoler.
Observation de mon père :
«Pat a adopté Rosine, surnom que me donne Papa. Il l’adore !
On sent qu’il est heureux d’avoir un bébé à lui ».
Heureusement que mon frère et moi n’avons qu’un an d’écart, cela leur occupe beaucoup l’esprit. Ils en ont bien besoin ! Si ce cher Auguste, qui devait être mon parrain est décédé dans un accident de moto, nos parents viennent d’apprendre la mort de Fernand, gendre de la tante Angèle et mari de la cousine Rosette. Lui aussi est mort prématurément, dans un accident d’automobile.
Comment Papa et Maman peuvent- ils exprimer tout ce chagrin et le partager avec la joie de ma naissance ?
Je crois, tout de même, que mon frère et moi n’avons aucune difficulté à attirer constamment leur attention. Ce samedi tantôt, Pat, qui marche déjà très bien tout seul, est placé dans son parc car Maman part faire des courses. Le parc est attaché à un des pieds de la table de la salle à manger ; sans cela Patric le conduit dans tout l’appartement, passant d’une pièce à l’autre, braquant à droite puis à gauche. Papa dit qu’il a un coup d’œil précis et une adresse de bon conducteur d’auto pour passer sans encombre entre chaque porte et chaque meuble. Mais de cette façon il se trouve dans l’incapacité de se déplacer et, notre père peut lire tranquillement tout en veillant sur moi.
Lorsque Maman rentre, Papa est aux quatre cents coups :
« Pat s’amusait avec des pinces à linge ; comme il s’est mis à pleurer, je pensais que c’est parce qu’il avait besoin d’être changé… aussi, j’ai préparé tout ce qu’il fallait. Je suis allé le chercher dans son parc et là, il pleura de plus belle. Il avait en main une pince à linge qui contusionnait son annulaire gauche. C’est pour cela qu’il pleure encore ; son pauvre doigt est violacé, il souffre ! ».
Ma mère est fatiguée :
« Pauvre Patou, pauvre petit nounours et ta sœur qui pleure aussi ! ».
Je ne veux pas être en reste; d’ailleurs Maman vient s’occuper de moi.
« Notre fils a de grands yeux bleus clairs alors que notre fille, elle, a de grands yeux d’un bleu foncé et ronds… toi, Maman, qui avait peur que ses yeux soient marrons ».
Mon père passe beaucoup de son temps libre à nous observer mon frère et moi. Il est méticuleux et il analyse tout dans les moindres détails : de notre physionomie, à notre façon de réagir et de nous comporter face à une situation donnée. Il faut dire, que depuis la naissance de Patric il prépare deux albums « Le Livre d’Or » et « le Livre Bleu » sur lesquels il colle des photos et note ses observations concernant les enfants, la famille, les amis etc. sans oublier de commenter les évènements de notre époque, ni de décrire avec une grande précision la forme ou l’intérêt de tel ou tel objet.

Maman me change entièrement car je suis inondée :
« Regarde, Dédé ! » C’est ainsi que ma mère surnomme le plus souvent mon père, diminutif d’André (quoique ce fût déjà un surnom), ses vrais prénoms étant Désiré, Louis, Albert. Maman s’appelant Christiane, il est aisé à Papa de lui donner comme petit nom celui de Cricri :
« Mais regarde donc ! La petite a du lait aux seins. Nous allons lui mettre une bande »
Mes parents sont estomaqués. Cela attire l’attention de Patric, qui se trouve sur sa chaise en bois près de la table. Il se met debout sur son siège et enjambe le dossier pour faire un atterrissage forcé sur mon bras et perdre l’équilibre. Avant que nos parents ne réagissent, Patric se trouve à terre. Il s’est blessé en tombant sur la tête. Une belle bosse et une petite plaie en seront les séquelles. Nous sommes tous les deux en larmes car mon équilibriste de frère m’a provoqué une vive douleur au bras, nous nous entraînons mutuellement et c’est à celui qui pleurera le plus fort.
Dans son petit lit Pat pleure toute la nuit… A cinq heures, il ne dort pas encore. Souffre t-il de sa chute ? Nos parents sont inquiets. Maman le prend et le dorlote.
« Dédé, demain je vais faire venir le docteur, je suis très enrhumée. Il examinera Pat également. »
Le lendemain soir, Papa écrit sur le Livre d’Or :
« Le toubib est venu pour Maman et Pat, il ordonne : absolument rien pour Patric ! Tout va bien… le mot de l’énigme : Pat a faim, il lui faut un biberon supplémentaire lorsqu’il le souhaite. »




Maman m’installe quelques instants près de Papa sur leur grand lit. Patric et lui y font des mouvements de gymnastique.
Pat me retire la main droite de la bouche, car je suce mon pouce et ça ne lui plait pas du tout ! Mais comme je suis têtue j’ai le dernier mot. Alors, il me parle dans son langage à lui et, comme mon prénom est trop difficile à prononcer, il me surnomme « Titi ».