La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
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          Point de vue stratégique


En rentrant de l’école, c’est toute une histoire pour mon frère d’ouvrir la porte d’entrée de notre logement au troisième étage de la rue Chénier. Vu qu’il a quelques centimètres de plus que moi, cette tâche lui incombe. Pour parvenir à ses fins il doit d’abord mettre un pied sur la première marche de l’escalier du quatrième étage, tout en se penchant en avant, pour atteindre le verrou que notre père a posé en haut de la porte. Ensuite, il doit se baisser pour ouvrir le verrou posé en bas de la porte ; puis, il termine par la grosse serrure au centre. Une fois la porte ouverte, et bien non, ce n’est pas terminé ! A deux mètres de nous une autre porte nous fait face, mais celle-ci n’a qu’un seul verrou placé proche de la serrure. Cet espace entre les deux portes constitue un petit vestibule, qui ne permet pas de pénétrer facilement dans notre logement. Pour comprendre que Papa ait empiété des mètres carrés sur un si petit logis, il faut en connaître la raison ; Papa a peur !
Alors, à nous ses enfants, il nous a expliqué pourquoi il reste sur ses gardes. En 1944, notre père était « Le lieutenant Andréa », chauffeur aux F.F.I. (Forces Françaises de l’Intérieur), et, agent du service des renseignements sur les collaborateurs.
«Je dois rester vigilant, dit-il, car les miliciens ne sont pas tous morts, ils me recherchent ! »
Pour se protéger d’eux, il a tout prévu : il a posé un judas sur la porte d’entrée, pour observer les éventuels visiteurs. Afin de ne pas être surpris dans son sommeil, quand il prend des somnifères pour dormir, et, que les miliciens voudraient entrer par effraction, il a transformé son habitation en forteresse. Il a aussi à l’esprit lorsqu’il revient chez lui, qu’il a déjà ouvert sa porte d’entrée et qu’ils lui tombent sur le paletot, de pouvoir les pousser et les coincer dans le vestibule. Pour cela Papa à une stratégie ! Le verrou… en haut de la porte… celui que Patounet a du mal à ouvrir, ce verrou là… de l’extérieur ferme à trois tours. Mais dans le vestibule, là où Papa pense réussir à pousser les miliciens, et bien ce verrou là …de l’intérieur, il ne s’ouvre que de deux tours. Une fois coincés, ils ne pourront plus sortir !
Patric n’est pas peureux… moi, si ! Alors, le plus souvent je veille aux allées et venues dans les escaliers afin de prévenir de possibles mauvaises rencontres. Un stratagème en vaut un autre…