La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
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          Portrait d’une Grande Dame


Ce n’est pas la chaleur de l’été qui empêche notre père de rebondir, afin de reconsidérer notre situation familiale. Il y tient ! Ses enfants doivent évoluer au grand air.
Il nous a trouvé une troisième nourrice, en Touraine à Cormery.
Madame Eugénie, une femme âgée de soixante huit ans. Elle est infirmière et fait piqûres et pansements prescrits par le médecin du village. J’espère qu’elle ne pose pas de cataplasmes ? A Drancy le docteur nous en prescrit beaucoup !
Elle fait également des travaux de couture pour Jeannette et pour la marraine de notre mère. Elle garde assez souvent dans la journée des enfants du village, car ses revenus sont très modestes. C’est une personne dynamique, de constitution solide et, elle est appréciée de tous. Elle a été chaudement recommandée à nos parents, ils n’auront qu’à se louer de ses services.
« Mémère Eugénie » comme la surnomme déjà Papa, vient d’arriver chez nous en cette fin de matinée. Il est allé la chercher à la gare et, demain matin, Pat et moi repartons avec elle pour Cormery. Nous devons tous nous lever tôt car notre père doit nous accompagner à la gare en taxi, vu le nombre de bagages à faire expédier, il préfère s’en charger : ma chaise, le cheval à bascule, la trottinette de Pat, notre poussette et la grande malle de vêtements. Tout ça, avec un changement de train à Tours. Mon père est méticuleux, il a bien préparé notre départ et, pour une fois, nos parents ont fait le bon choix ; nous, les petits, on aime bien la présence chaleureuse de cette grand-mère, déjà très attentionnée à notre égard et qui semble tellement ravie de nous accueillir chez elle.

Et ça ne se démentira pas.

Eugénie a trente et un ans quand l’homme de sa vie, son mari, part pour le front en 1914. Il n’en reviendra pas. Le seul bonheur qui lui reste, c’est le fruit de leur amour « leur enfant », une petite fille qui, devenue une belle et fragile jeune femme, ne se rétablit pas d’une infection pulmonaire. Elle laisse Eugénie, sa mère, seule et désemparée. L’infortune de cette femme n’altère pas sa foi ni l’intérêt qu’elle porte à autrui et, c’est par le don de soi qu’elle trouve l’apaisement en se consacrant aux autres.