La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
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Même si j’ai plus de quinze ans et demi à la fin de l’année 65, ma condition n’évolue pas. C’est toujours du « revenez-y » dans les méninges de mon énergumène de père. Il n’en démord pas, je suis de nouveau nourrie logée en boulangerie. Je ne m’améliore pas non plus dans le calcul mental, même si le soir j’essaie de réapprendre mes tables de multiplication par cœur. Plus j’insiste, moins j’y arrive, et, lorsque je m’adresse aux trois autres vendeuses, avec lesquelles je loge, afin qu’elles me les fassent réciter, c’est de mal en pis.
« Pourtant, leur dis-je, à l’école je les savais par cœur ! »
Mais c’est sans leur parler de ma « petite histoire » pension, etc.
Je ne crois pas que ça passe auprès de ces jeunes filles, qui elles, me semble t-il, paraissent être les plus normales possibles.
J’ai l’impression de lire en elles :
« Si elle les savait par cœur, comment a-t-elle pu les oublier ? »
Si ces filles ne sont pas désagréables, elles me regardent tout de même comme si j’étais une curiosité de la nature.

Et voilà, c’est le comble ! J’ai de nouveau des brûlures en urinant et des douleurs lancinantes dans le bas ventre. J’informe rapidement mon père, qui est revenu de province, ou…qui n’est jamais parti.
Il me fait réhospitaliser à l’hôpital Saint-Louis où je subis le même traitement que précédemment. Mais cette fois-ci pas de personnes sympathiques en vue pour me remonter le moral. Pourtant, je suis autant épuisée psychiquement que physiquement.
Le médecin me garde en observation plus longtemps que pour l’autre hospitalisation, mais je sors guérie…seulement physiquement.

Notre doctoresse impose au pater que je me repose d’abord à la maison, et qu’ensuite, je parte en cure de repos pour un mois sans qu’il n’y ait de laps de temps entre les deux. Repos durable exigé pour cause d’anémie, sans interruption et sans réduction de la durée.
Ce fou qui est…heureusement hypocondriaque, vu ma petite mine, ne cache pas sa hâte de me voir partir le plus rapidement possible.
De cette façon, je suis au moins rassurée sur mon sort concernant ma sexualité ; ce vieux lubrique me fiche la paix.