La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
Accueil
Chapitres
Téléchargements
Vos réactions
Contact
 
 
          Tenir tête et tenir bon !


Lui aussi

Jean-Louis m’a rapidement donné de ses nouvelles, il m’a écrit une lettre d’amour où il m’assure qu’un sentiment vient de naître en lui. Je ne pense qu’à notre prochaine rencontre. En attendant, je lis et relis ses mots qui montrent le début d’une histoire qui peut durer dans le temps. Lui, va bientôt recevoir ma première lettre où je lui prouve la même inclination à son égard.
Pour notre premier rendez-vous, Jean-Louis vient rue Chénier. Il ne tarde pas à demander, à mon père, son accord pour que nous allions nous promener sur les grands boulevards :
« Vous pouvez aller prendre l’air, où vous enfermer dans un cinéma si ça vous chante, mais il ne faut pas aller plus loin que de simples embrassades ! »
Dehors, je l’informe du caractère insaisissable de mon géniteur, je lui fais part de toutes les sautes d’humeur dont il est capable. Jean-Louis n’est pas en reste. Sa mère, me dit-il, veut diriger tout et tout le monde. C’est le début de quoi, tout ça ?



Fabrice et Sylvie

En cette mi-avril, Monique vient d’accoucher. Une petite Sylvie est née. Ma mère a pris les devants, début avril, en accouchant elle aussi. Mais là c’est un petit Fabrice qui est né. Deux bébés aux grands yeux bleus. Elles ont décidé de les baptiser ensemble, à la mi-mai. Maman et son mari ont reçu une proposition d’un couple d’amis : Faire le baptême, chez eux, dans leur grand appartement.
Juste avant ce jour solennel, je présente Jean-Louis à la petite famille de ma mère, ainsi qu’à Nanou venue quelques jours rue Chénier.
Le soleil est au rendez-vous pour la cérémonie et…Jean-Louis aussi. Maman et Jean l’ont invité. Si je porte de nouveau mon joli petit tailleur, mon amoureux a une tenue vestimentaire d’une grande simplicité, mais il est trop mignon et puis, il a un humour ravageur. A partir de lundi, il commence un stage de comptabilité à l’hôpital Lariboisière où travaille son frère. Ensuite, il doit retourner à l’école pour obtenir un CAP d’aide comptable, juste avant de partir faire son service militaire.
Mais dans l’instant on profite, tous les deux, de ce repas de fête que ma cuisinière de mère a si bien préparer et… on boit le Champagne à la santé de ces deux beaux bébés qui nous réunissent.


A chacun son H.L.M…

Le désir de s’agrandir est devenu accessible pour mes patrons. Ils pourront maintenant, en plus du logement qu’ils habitaient, occuper le petit appartement contigu au leur. Tout ça occasionne beaucoup de travaux, puisqu’ils ont fait faire une ouverture dans la cloison afin d’y installer une porte. Aussi, il a fallu déménager provisoirement. Les parents de ma patronne les ont invités à venir loger chez eux, dans une banlieue cossue de Paris. J’ai donc un trajet plus long pour m’y rendre, quoique le problème ne soit pas là. Je suis rémunérée pour m’occuper de trois personnes, dans une habitation qui sera, dans un avenir proche, de taille moyenne (c’est mon contrat). Ici, les personnes sont au nombre de quatre adultes : le père, la mère, la fille cadette et la benjamine. Je me trouve donc au service de sept personnes, et de surcroit, dans une habitation dont on mesure l’espace, en comparant la taille d’une chambre à la surface de notre petit logis de la rue Chénier. Mais pourquoi ces bourgeois n’ont-ils pas de bonne ? Si je m’occupe très peu de la petite, je dois me taper tout le ménage et la vaisselle. Et, justement, la vaisselle, parlons en ! J’arrive un matin pour laver la vaisselle de la veille au soir, et je deviens furieuse contre ma patronne :
« Madame ! Pourquoi la vaisselle et surtout les plats n’ont-ils pas été mis à tremper ? Comment voulez vous que j’arrive à les récurer ! Vous n’avez jamais fait la vaisselle ? »

Chez ma mère, on pavoise, le jour tant attendu est arrivé.
Avec la naissance de leur petit dernier, ils seront six à table quand Fabrice ne sera plus au biberon. C’est pas dommage, ils ont obtenu finalement le logement dont ils rêvaient. Un superbe quatre pièces, avec salle de bains et WC, au quatorzième étage d’une tour H.L.M., dans un ensemble neuf, à Aubervilliers.
Ma mère qui, pour l’instant, est en bon terme avec mon père, lui a proposé qu’il m’accompagne pour visiter ce grand appart.
Je suis toute émue de ce nouveau bonheur, qui va enfin réunir ce foyer de six personnes et, toute émoustillée de cette belle journée en perspective. Il a été question de passer tout notre tantôt ensemble, avec les deux petits derniers.
Peut être nous a-t-elle préparé un délicieux dessert, pour fignoler ce bel après-midi ?


Opposition…obsolète !!

La famille de mon bien-aimé fait tout pour qu’il ne me fréquente pas, particulièrement sa mère. Si elle le trouve trop jeune pour qu’il s’engage dans une fréquentation suivie, c’est une certitude, pour sa relation avec moi c’est sans appel, elle me trouve microscopique ; la cause :
« Jean-Louis ne peut pas fréquenter une boniche ! (Elle l’a elle-même été). Il faut qu’il rencontre une jeune fille qui soit au moins secrétaire, comme son cousin ! »
Si dans cette famille se liguent contre moi : les parents, la grand-mère maternelle et, depuis peu, le frère et la belle sœur…dans la mienne, je ne suis pas aidée non plus. Le père « je décide de tout pour ma fille », suite à un nouvel excès de jalousie dirigé, à présent, contre Jean-Louis qu’il ne supporte plus, veut, lui aussi, nous faire rompre :
« Ce gars là n’est pas un type pour toi ! Donne-moi du temps et je te ferai rencontrer un homme riche, ou, ayant une situation enviable. Si il a quelques années de plus que toi et qu’il possède une habitation assez grande pour que je puisse vivre avec vous, se sera mieux. Tu ne laisserais pas ton vieux père tout seul ?! »
Dans un premier temps, afin qu’il ne se méfie pas, je ne laisse rien paraître de mes émotions, face à ce vieux père que j’ai assez vu. Je reste très évasive dans mes réponses, malgré cette autorité déplacée. Jean-Louis et moi avons compris, tous les deux, que dans un avenir pas si lointain nous vivrons ensemble. Pour nous, c’est même une évidence. Si mon père n’a pas encore saisi cet état d’esprit nouveau qui m’habite, s’il pense encore avoir le pouvoir de se faire obéir croyant que je suis toujours sous son influence, et bien, il est à cent lieues de la vérité toute crue. Je n’ai plus un banal amoureux, mais un amant, puisque nous avons légitimé notre amour en le faisant. Nous vivons un amour charnel qui n’est pas prêt de s’altérer. A notre force amoureuse se lient certains évènements. Au mois de septembre j’aurais dix sept ans et demi et mon père a décidé, pour moi, que je devienne fonctionnaire à l’A.P. :
« Tu vas entrer au service hospitalier, comme agent temporaire, à l’hôpital de la Salpêtrière. A toi, ensuite, de prendre des cours pour obtenir un CAP d’aide-soignante. »
Après tout, elle n’est pas si mal l’idée du paternel, je ne serai plus domestique et, j’aurais un CAP comme Jean-Louis.
Tout ce qui m’arrive me donne de l’assurance, ce proche avenir me rend plus forte et plus confiante.
Il remet ça, l’énergumène qui m’a engendré ! Beurk… dire que je descends de lui. Je dois, me dit-il, écrire une lettre de rupture à Jean-Louis. Ce vieux dingo, qui a déjà tellement fait d’erreurs dans sa vie, reste, malgré tout, incapable de se pencher sur son passé pour corriger sa trajectoire.
Oui, mais voilà ! Moi, je viens d’éclore, je suis sortie de ma coquille car je n’ai plus peur de lui. C’est la naissance de ma vie d’adulte. Je lui donne une réponse catégorique :
« Non !!! Je n’ai pas l’intention de renoncer à l’homme que j’aime et qui m’aime aussi. C’est le contraire si tu veux tout savoir ! Ni toi, ni sa famille ne nous séparerons, on s’est donné l’un à l’autre et on a fait des projets pour vivre ensemble et se marier. »
Le vieux fou devient furibond, il fait une tentative pour me frapper :
« Stop ! Si tu m’approches, je hurle et je te balance n’importe quoi à la figure. Méfie-toi ! Je vais raconter ton vice sexuel à Jean-Louis. »
Il se calme. Alors je lui rappelle ce qu’il m’avait dit un jour et qui me revient en mémoire :
« Souviens-toi de ce que tu pensais concernant la majorité des filles. Tu disais qu’elles sont matures bien avant les garçons et, qu’elles devraient être majeures à dix huit ans. Et bien, moi j’ai dix sept ans et demi et je trouve que l’on n’est pas à six mois prêt ! »
On dirait qu’il a soudain une clarté d’esprit. Qu’il vient, à la vitesse grand V, de comprendre ma nouvelle personnalité.
(Ne pense t-il pas plutôt que je peux, comme mon frère, me faire aidé par la justice ? Pourtant, Patric ne m’a rien dit de tout ce qu’il avait entrepris pour ne plus subir les abus de son père. Mais lui, le sait-il ?) Il vient donc de prendre parti pour nous alors que Jean-Louis est toujours mal loti avec sa parenté. J’ai reçu, il y a quelques jours, un courrier de sa belle-sœur qui s’occupe de ce qui ne la regarde pas. Elle me suggère que nous attendions, tous les deux, d’avoir un peu plus vécus pour nous engager ensemble et pour l’instant, dit-elle, de s’éloigner l’un de l’autre. Il est vrai que le paternel trouvait déjà qu’elle ne manquait pas d’air. À présent il est ravi qu’on se rende chez eux à La Courneuve, sans les prévenir, pour remettre les idées en place à cette bonne femme et au frère de Jean-Louis.
Cette démarche n’a pas beaucoup d’effets, ni sur elle, ni sur lui. La raison : ils ne croient, ni l’un, ni l’autre, que Jean-Louis veuille sérieusement vivre avec moi. Et puis, sa mère aurait dit :
« Quand on lâche le coq, attention aux poules ! »
Je suis offensée, ces gens là ne méritent pas notre amitié.
« Viens Papa, on a plus rien à faire ici ! »