La Petite Fille à la Mine de Papier Mâché
 
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          Un pour tous, tous sauf lui…


Ce matin Papa ne travaille pas. Il accompagne Maman à la « Charité Maternelle », un dispensaire religieux de Bobigny à une dizaine de minutes de chez nous, où mon frère et moi sommes suivis pour notre poids et nos mensurations.
Avant de partir Maman nous donne notre bain chacun notre tour, dans la lessiveuse, bien au chaud, près de la cuisinière à gaz. Papa prend des photos, tellement il est amusé de voir Patric grimper à l’aide de son petit banc, sur la table, pour me regarder barboter dans l’eau. Il aimerait bien venir me rejoindre mais cette lessiveuse, selon les mesures de Papa, de trente huit centimètres de haut et de quarante deux centimètres de diamètre, ne s’y prête pas.
C’est pour cela que nos parents décident de nous baigner bientôt ensemble, dans la large bassine que l’oncle Tonton a donnée. Sans en connaître la largeur… Papa ne l’a pas encore mesurée… à vue d’œil, je pense que l’on y tiendra bien à deux.
« Tonton » est l’un des frères de notre père. Ah oui ! Tonton c’est le surnom que ses frères et sœurs lui ont donné ; il est le Tonton de tout le monde ! Lui et sa femme Geneviève ont apporté à Patric une bonne paire de chaussures blanches toutes ressemelées à neuf ! Depuis sa naissance, les parents n’ont pas eu à lui acheter de souliers ni de petits chaussons ; ils en reçoivent de partout : de la cousine Simone, de l’oncle Roger et la tante Mad, etc.
Au B.H.V. où nous allons tous les quatre, Patric s’en donne à cœur joie, il court partout dans les allées, contemplatif aux rayons des jouets, il repart en courant pour se cacher, puis bavarde avec les vendeuses. Il n’est pas dans ses petits souliers … non, il est bien chaussé.
A notre retour, c’est moi qui prends le relais de mon frère pour me faire remarquer.
Papa parlera d’un évènement sensationnel :
« Titi, ce jour là, s’est lâchée dans le parc et elle a marché sans se tenir, puis elle a fait le grand écart et lorsque nous l’avons relevée elle s’est mise à chanter et à danser ! ».
Ces derniers jours Maman parle beaucoup de Thérèse, cette jeune femme qu’elle a connue à la maternité de l’hôpital Port-Royal, dans le quatorzième arrondissement de Paris. Toutes les deux ont mis au monde un petit garçon. Elles sont devenues amies et Maman propose à Papa d’accepter l’invitation de Thérèse et de son mari Horst : se rendre pour la fin de semaine prochaine, dans leur ferme à Ecquevilly en Seine et Oise.
« Tu sais, Cricri, pour nous rendre à Ecquevilly, estime mon père, il faut que les petits aillent mieux ».
Il est vrai, que depuis ces derniers jours, nous les petits, on est très enrhumés. Nos parents nous ont-ils contaminés ? Ils sont enroués tous les deux. Pour Papa, c’est bien fait ! Il n’arrête pas de nous disputer et de s’énerver pour un rien. Ce qui l’irrite le plus, c’est que je pleure la nuit et que j’entraîne mon frère. Cela oblige Maman à se lever pour nous deux afin de nous changer et de nous donner un biberon ; et lui ça le fatigue. Pourtant c’est prévenir le mal que de garder un maximum de chaleur en étant bien au sec et en ayant le ventre plein. C’est le premier remède dans ce logis où la température hivernale n’est pas beaucoup plus élevée qu’à l’extérieur. Mais là il est trop tard !
Ce soir on est tous au bouillon de légumes bien chaud, au sirop de la Salette et à l’huile goménolée dans le nez, car aujourd’hui, le docteur c’est Papa :
« Tout le monde à droit au cataplasme : Titi, Pat, Maman ! ».
Et lui alors ?